Editeur : Konami
Année : 1997
Nb de joueurs : 1 joueur
Support : Playstation

Premier opus d’une saga qui compte actuellement 5 épisodes, Suikoden premier du nom est un jeu qui est passé plutôt inaperçu à sa sortie, en partie occulté par le succès des rpg de Squaresoft. Cependant, même sans la concurrence, ce jeu possède certaines lacunes qui auraient de toutes manières fortement bridées son succès.
Commençons par le scénario, point névralgique de tout rpg qui se respecte. L’histoire se déroule dans un monde d’héroic-fantasy médiéval sans surprise, comme on en a déjà vu des dizaines, et comme on en verra encore des centaines. Le continent d’Ivalice est dirigé par un empire depuis de nombreuses années. Le joueur incarne le fils de Teo, l’un des cinq généraux au service de l’empereur. Promit à un bel avenir de par son ascendance, le héro va se rendre compte, au cours d’une mission de routine, de la face cachée de l’empire qu’il sert, et va rejoindre plus ou moins volontairement une armée rebelle cherchant à renverser le pouvoir impérial.

La trame est classique, mais peut cependant mener à un scénario de qualité, comme on a pu le constater dans bien des rpg. Hélas, Suikoden n’entre pas dans cette catégorie, et se contente d’éléments scénaristiques stéréotypés au possible, rendants le déroulement du jeu aussi prévisible qu’ennuyeux. Les rares passages pouvant être intéressants sont gâchés par une mise en scène bâclée. L’action est trop mise en avant sur les sentiments des personnages, aussi même la mort d’un personnage important n’émouvra pas le moins du monde le joueur.
Le jeu se vante de disposer de 108 personnages. Cependant, il faut voir ici le mot personnage au sens « chrono crossien » : un nom et un portrait associé, sans le moindre développement de personnalité ou de background. Bref, à part les quatre ou cinq principaux compagnons du héro, les protagonistes sont vraiment trop fades pour donner au joueur l’envie de les contrôler.

Passées les considérations sur le scénario, attaquons nous maintenant au jeu en lui-même.
Premier aspect qui frappera le joueur au lancement du jeu : les graphismes. Ici, Konami a choisit de miser sur un jeu entièrement en 2D : choix osé sur Playstation, mais pas forcement désagréable. Cependant, on sent malgré tout que les développeurs ont relégué cet aspect au second plan, la qualité des sprites étant bien inférieure aux capacités de la console. Donc au final, rien de gênant, mais rien non plus qui vaille la peine de s’y attarder.
Second aspect essentiel à l’immersion du joueur : les musiques. Bonne surprise de ce coté là : les morceaux sont dans l’ensemble agréables et variés, même si le rendu pourrait être meilleur. Ne soyons pas trop exigeant : le résultat est bien supérieur à la moyenne.

Vient enfin ce que je considère comme le principal point fort de ce jeu : le gameplay. On sent rapidement que l’essentiel des efforts a été porté sur cet aspect, pour le plaisir du joueur.
Les combats sont représentés avec une vue de dessus de trois quarts, qui s’accommode fort bien avec la 2D. Le joueur peut choisir avant les combats le placement des personnages, même si cela se limite en théorie à 6 places possibles, et en pratique au premier rang ou au second. Le choix est dès lors aisé : guerriers au premier rang, archers au second. On peut regretter l’absence d’attaques utilisant vraiment le placement des personnages, ce qui était pourtant permit par la vue choisie.

Les personnages en eux-mêmes ne disposent d’aucune particularité propre, si ce n’est leur arme. Le joueur peut par la suite leur associer une rune, leur donnant un pouvoir spécifique. Les possibilités de personnalisation sont donc faibles mais largement suffisantes.
Chaque protagoniste dispose de son propre inventaire, limité en taille. Cela permet de se démarquer du classique inventaire commun que l’on voit si souvent dans d’autres rpg, mais cela pose aussi de gros problèmes de gestion. Dès que les inventaires commencent à être remplis, les transferts d’objets relèvent du casse-tête : transférer vers un inventaire ayant une place de libre, puis vers un autre, puis vers un autre… Crise de nerf assurée.
Second inconvénient : il est très fréquent qu’on soit forcé à virer un personnage de son équipe au milieu d’un donjon pour en prendre un autre, rendant ainsi inaccessible son inventaire jusqu’à la fin dudit donjon. La première fois ça frustre, la huitième ça énerve vraiment. Il y a bien sûr la possibilité de faire demi-tour, sortir du donjon, retourner au QG, faire les changements appropriés, et enfin retourner là où on était, mais cela demande tellement de temps que le joueur préférera souvent continuer malgré tout.

Je profite du sujet pour parler plus en détail du QG de l’armée de libération : au fur et à mesure que l’on recrute de nouveaux personnages, ils se retrouvent dans le QG, qui s’agrandit progressivement et offre de nouveaux services : stockage d’objets, forge, etc. L’idée est bonne, et incite le joueur à se lancer en quête de nouveaux personnages.
Je parlerais enfin des donjons. Extrêmement simples par leur structure, ils ne s’encombrent pas des traditionnels interrupteurs ou énigmes, juste quelques coffres disposés dans les coins. En revanche, le taux de rencontre aléatoire est particulièrement bien dosé, ce qui est suffisamment rare pour être souligné. La difficulté est quant à elle moyenne, seuls quelques boss sont suffisamment coriaces pour devoir s’y reprendre à plusieurs fois.

Vient maintenant le dernier point important d’un rpg : la durée de vie. Et là encore il y a de quoi être déçu : finir le jeu ne demandera pas plus d’une vingtaine d’heures à un joueur expérimenté, ce qui est vraiment insuffisant pour un rpg sur Playstation. Heureusement, le grand nombre de personnages, lié à un système de fins multiples, encouragera certains joueurs à pousser plus loin l’exploration, et prolongera la durée de vie d’une dizaine, voire une quinzaine d’heures.
En conclusion, Suidoken est handicapé par les énormes lacunes de son scénario, et ne laissera donc pas un souvenir impérissable dans l’esprit du joueur. Cependant, le gameplay vient sauver la mise, et permet malgré tout de passer de très agréables moments.
Bilan :
Graphismes :
Les graphismes sont en 2D, et ne prétendent donc pas concurrencer ceux des désormais traditionnels rpg en 3D. Cependant, une très nette amélioration aurait malgré tout pu être apportée.
Son :
Les musiques sont très bonnes, et collent très bien à l’ambiance.
Scénario :
Si c’est votre premier rpg, vous devriez le trouver assez bien ficelé. Les joueurs plus expérimentés déploreront en revanche le manque flagrant d’originalité, et la mise en scène médiocre.
Durée de vie :
20 à 30 heures pour finir le jeu, 30 à 45 heures pour récupérer tous les personnages. Au final, seuls les joueurs aimants finir les jeux dans leur intégralité y trouveront leur compte.











